Ce vendredi 5 décembre 2025, le Ministère des Ressources minières, énergétiques, de l’industrie, du commerce et du tourisme a procédé au lancement officiel des travaux d’aménagement et de modernisation du poste frontalier de Gatumba, dans la province de Bujumbura. Une transformation attendue depuis longtemps par les acteurs du commerce transfrontalier.
Ce grand chantier entre dans le cadre du Projet de Facilitation du Commerce et d’Intégration dans la région des Grands Lacs (PFCIGL), financé entièrement par le Groupe de la Banque mondiale à hauteur de 90 millions de dollars américains et coordonné régionalement par le COMESA. Il concerne deux pays : le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).
Le poste frontalier de Gatumba constitue l’un des principaux corridors commerciaux entre le Burundi et la RDC, drainant un important flux de marchandises en provenance également du Rwanda et de la Tanzanie vers le Sud-Kivu. Pourtant, l’infrastructure souffrait de lacunes majeures : bâtiments vétustes, procédures lourdes et lentes, équipements de contrôle obsolètes, conditions de travail difficiles pour les agents frontaliers et multiples irrégularités nuisibles au bon déroulement des échanges.
Le PFCIGL ambitionne de corriger ces faiblesses. Il vise à moderniser les installations existantes, simplifier les procédures administratives, réduire les délais de dédouanement et améliorer la sécurité. L’objectif final : intensifier le commerce, stimuler la croissance et favoriser l’intégration économique régionale.
Dans son allocution, Adrien Ndayisaba, Coordonnateur du PFCIGL au COMESA, a salué la coopération entre les deux pays frontaliers :
« Je remercie les gouvernements du Burundi et de la RDC pour les efforts conjugués et la collaboration très appréciée dans la mise en œuvre du PFCIGL. Je remercie également le Groupe de la Banque mondiale pour son appui financier et technique, qui permet à ce projet d’avancer ».
Il rappelle que le projet contribue à améliorer les conditions de vie des populations riveraines par la facilitation du commerce, la simplification des démarches transfrontalières, mais aussi par la promotion de la paix et de la sécurité dans la région. Selon lui, « la modernisation des infrastructures frontalières favorisera l’émergence d’un commerce prospère et vecteur de développement économique ».
La Banque mondiale mise sur l’efficacité et la réduction des coûts
De son côté, Babacar Sedikh Faye, représentant du Groupe de la Banque mondiale au Burundi, a souligné la pertinence de moderniser ce corridor stratégique. Pour lui, le nouveau poste de Gatumba vient « répondre aux défis identifiés pour capitaliser le commerce frontalier, en particulier :la réduction des délais de passage pour les transporteurs, commerçants et voyageurs, la baisse des coûts logistiques qui pèsent lourdement sur les petites entreprises, l’accélération des échanges formels grâce à des procédures harmonisées, une meilleure coordination des services de douane, d'immigration, de santé et des contrôles vétérinaires et phytosanitaires. »
Il a ajouté que la nouvelle organisation du poste contribuera également à améliorer la sécurité, grâce à une meilleure organisation des flux, une signalisation moderne, des heures de stationnement adaptées et une présence coordonnée des forces compétentes.
Un vaste programme de modernisation au-delà de Gatumba
La modernisation du poste frontalier de Gatumba s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste qui prévoit la construction ou la réhabilitation de plusieurs infrastructures stratégiques. Parmi celles-ci figurent les postes frontaliers de Buganda–Nyamoma, de Vugizo et de Kiliba, auxquels s’ajoutent également les postes frontaliers de Mparambo et de Rubenga. Le projet inclut en outre la construction d’un pont frontalier sur la rivière Rusizi afin de relier efficacement Mparambo à Rubenga, ainsi que l’aménagement de nouvelles voies d’accès partant de la route nationale numéro cinq pour faciliter la connexion à ces différents sites.
Le programme prévoit aussi la construction de deux marchés transfrontaliers, l’un à Gatumba et l’autre à Rumonge, ainsi que la modernisation complète du port de Rumonge, un point névralgique pour les échanges sur le lac Tanganyika. L’ensemble de ces infrastructures vise à fluidifier davantage la circulation des biens dans la région, à renforcer la compétitivité des entreprises locales et à accroître les recettes douanières et fiscales, en dotant le pays d’un réseau commercial performant et mieux intégré.
Le gouvernement burundais promet son engagement
Représentant l’État burundais lors de la cérémonie, Martin Ndayizeye, Secrétaire permanent au Ministère des Ressources Minières, Énergétiques, de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme a tenu à exprimer la reconnaissance du pays envers ses partenaires :« Nous profitons de cette occasion pour remercier encore une fois la Banque mondiale pour ses appuis multiformes dans plusieurs domaines ».
Il a demandé que la main-d’œuvre locale soit privilégiée, affirmant :
« Nous vous demandons d’utiliser la main-d’œuvre locale pour que ce projet soit bénéfique dès son lancement pour les populations de nos deux pays ».
Le gouvernement, a-t-il ajouté, jouera pleinement son rôle pour répondre rapidement aux préoccupations liées à ces travaux.
Les petits commerçants entre espoir et soulagement
Pour les commerçants, l’arrivée de ce projet ressemble véritablement à une bouffée d’air frais.
Igiraneza Joselyne, une commerçante transportant des marchandises au poste de Gatumba, se réjouit :
« Nous espérons qu’avec ces nouvelles infrastructures, le commerce va se développer avec l’augmentation de la circulation des biens. Nous pourrons contracter des crédits pour augmenter notre capital et en tirer plus de bénéfices ».
Elle ajoute que les petits commerçants comptent se regrouper :
« Nous allons nous organiser en coopératives pour mieux travailler ensemble et améliorer nos revenus ».
Pour Irankunda Thierry, très actif dans les échanges entre le Burundi et la RDC, Gatumba va devenir un hub encore plus dynamique :
« Beaucoup de Congolais viennent commercer ici, tout comme les Burundais se rendent en RDC. Avec ces infrastructures modernes, le flux va augmenter et les échanges seront plus fluides ».
Quant à Nduwamahoro Joséphine, elle espère que cette modernisation mettra fin aux pratiques néfastes :
« Nous souhaitons que la corruption, les irrégularités et les saisies injustifiées disparaissent enfin ».
Selon les projections du PFCIGL, les délais et coûts de franchissement seront considérablement réduits, au bénéfice des milliers de petits commerçants dont la majorité sont des femmes et des jeunes. Les produits échangés seront de meilleure qualité, les volumes plus importants, et les commerçants davantage professionnalisés.
(Article réalisé par le Journal Iwacu sur commande du PFCIGL)
